Libertalia

Libetalia

INFORMATIONS

FRANCE 🇫🇷

Longueur hors-tout      : 19 m

Maître-bau                     : 4,2 m

Tirant d’eau                    : 1 m

Voilure                            : 220 m²

Année de lancement    : 1906

Armateur                        : Pascal Geneston

Port d’attache                : Taden

Présences Armada       : 2023

Histoire

Il ne ressemble pas aux mastodontes qui l’entourent sur les quais de Rouen. Pas de mâts vertigineux, pas de cadets en uniforme, pas de canon d’aluminium. Le Libertalia est un bateau de travail — une péniche à voile hollandaise de type tjalk, née en 1906 dans un petit chantier de Maartenshoek, près de Groningen, aux Pays-Bas. Son nom d’origine, Spes Nostra — « Notre espoir » en latin — en dit long sur l’état d’esprit de ceux qui l’ont construit.

Pendant près de soixante-sept ans, motorisé une première fois en 1954, il transporte du charbon en vrac entre les canaux du nord des Pays-Bas et de l’Allemagne. Vingt tonnes de cargaison à chaque voyage, par tous les temps, dans les chenaux étroits du delta. En 1973, la concurrence du transport routier le rend économiquement obsolète. Il s’arrête de travailler et tombe à l’abandon.

C’est une bande de hippies hollandais qui le sauve de la casse. Achetés pour le prix du métal, ces passionnés le transforment en habitation flottante entre 1973 et 1979. En 1985, un retraité américain amoureux des Pays-Bas et de la France le rachète, le descend sur les voies navigables françaises et vit quinze ans à son bord — dont cinq amarré quai de la Concorde, à Paris, au pied des Tuileries.

Après une série de péripéties entre la France et les Pays-Bas, le Libertalia — il ne s’appelle pas encore ainsi — se retrouve en 2022 sur un canal près de Groningen, servant de résidence secondaire flottante. En juin de cette année, un Breton tombe sur l’annonce et n’hésite pas une seconde. Il fait l’acquisition du vieux tjalk, le rapatrie en France par la mer intérieure des Pays-Bas, les canaux belges et les voies d’eau du nord de la France, profite de la francisation du navire pour le rebaptiser Libertalia — en hommage à la légendaire colonie de pirates fondée à Madagascar au XVIIe siècle — et le pose à Taden, près de Dinan, sur les rives de la Rance.

Un an plus tard, ce rescapé centenaire à coque en acier riveté et mâts en pin Douglas fait le déplacement jusqu’à Rouen pour l’Armada 2023. Une mésaventure l’attend au retour : la dérive tribord est arrachée lors du passage du Raz Blanchard, l’un des courants les plus redoutables de la Manche. Pour le Libertalia, c’est presque une formalité — le genre d’obstacle qu’on surmonte quand on a déjà 117 ans d’histoire derrière soi.